18.12.03

"le métro a ceci de joli"

Le métro, théatre de la vie.
Ces gens d'un air joyeusement provincial, au milieu d'une conversation animée avec un enfant jouant tellement bien son rôle, me proposent de partager avec eux leur paquet de chips...

il faut dire que dans le métro 13 comme dans le 6 qui est fait pareil (mais qui lui, sort de terre beaucoup plus), il y six places en bout de chaque voiture, six places qui se font face, et on y est comme une petite famille à chaque fois, les privilégiés, les amis, plus au moins étalés, dans mon cas, sur la banquette. Ces six places sont un havre de paix dans ce métro. Surtout quand y débarque une petite bande avec un enfant, avec des yeux neufs, avec quelque chose à partager.

Et puis.

Avant-hier, un SDF notoire bougonne bougonne tant et si bien qu'on n'y comprend rien. On n'y comprend malheuresuement assez pour comprendre qu'il râle contre une personne d'origine africaine, il va jusqu'à mimer lui mettre des coups de pieds Lorsque la personne se lève pour descendre. Un peu calmé après cet épisode, il s'attache ensuite à un voyageur, allant jusqu'à lui carresser la joue lorsqu'il descend lui aussi. "bon courage, il fait froid dehors", lui dit-il en souriant et en s'éloignant... Je me dis qu'il faut faire quelque chose pour lui. Evidemment au terminus il est le dernier à descendre, sans comprendre, sans savoir ce qu'il va faire maintenant, et la nuit tombe. Et je ne fais rien.

Hier, un arabe, fier d'être arabe, invectivait un juif. L'insultait. L'autre ne répondait pas, mais ils auraient pu en venir aux mains. Et le public de sourire comme d'habitude. Presque contents du spectacle. Mes compagnons dans le havre de paix se souraient, loin de la source de bruit. "là il est descendu non ?" "oui au bruit, on dirait". Ce fut leur seul commentaire. Mais quoi ? Ce n'est pas le spectacle de l'intolérance humaine, le pire spectacle de la bestialité et de l'ignorance, qu'on voit là ? N'est-ce pas là la vérité à combattre, quelque chose d'éminamment sérieux ? Nous sourions pour supporter. Nous nous accrochons à l'image de bonheur que nous reflète la société de consommation. Nous rabaissons ces exactions à des spectacles sans conséquences.

Je Vais Pas Pouvoir Longtemps Supporter.