21.3.03

Demain tu te réveilles sous les bombardements.
Demain tout à coup tu ne sais plus où sont les gens que tu aimes et s'ils ont survécu.
Demain il n'y a plus l'eau courante, plus d'électricité. Tes voisins font brûler ta maison.
Demain tu ne peux plus traverser la rue, c'est trop dangereux.
Demain tu as peur que tes soeurs soient enlevées et violées, peur des souffrances lorsqu'ils te feront manger ton sexe ou ta langue.
Demain tu te réveilles, c'est l'enfer sur terre. Et le monde s'en balance.

Nous n'en ferons pas plus pour la Tchétchénie que pour la Bosnie.
Pour l'Irak, nous nous contenterons de regarder tomber les bombes à la télévision.

Voilà ce que m'inspire "Gorazde" BD de Joe Sacco

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choses entendues :
- évidemment je suis contre la guerre, mais ces gens-là ça ne vaut pas un pet de lapin.
"Ces gens-là" désignaient selon toute vraisemblance (lorsqu'on arrive chez un marchand de casse-croute, on n'entend pas forcément le début de ce que raconte la marchande) les mulsulmans. Enfin, non, plutôt les arabes. Enfin qu'en sais-je ?
C'était à Versailles.
Et la Dame disait pour confirmer ses dires qu'il y a 15 ans il y avait moins de drogue.

J'aurai pu crier que non, elle n'était pas contre la guerre, qu'elle était pour la haine et contre la tolérance, qu'elle était pour la violence, que oui, elle était tellement conditionnée par la propagande qu'elle réussissait tout de même à cacher sa haine sous les bons sentiments ambiants qui l'écrasent, que oui, aussi, elle était victime de cette absence d'éducation qui fait que les gens ne savent pas réfléchir. Ne savent pas lier une cause à un effet. Mais sont champions dans l'affirmation de tout amalgame tapageur.

- quand on voit les nenettes qui se promènent avec un voile ! Est-ce que les mecs mettent un voile ? Non ! Jamais ! Jamais y'a un mec qui met un voile !

Voilà une argumentation. Voilà sûrement, aussi, pourquoi il y a plus de drogues à Versailles depuis 15 ans.

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trait d'union :
Ce sont d'innocents musulmans qui ont été victimes des Tchetniks en Bosnie, des gens qui ont vécu tellement d'horreurs qu'on ne peut que prendre en pitié leur peuple.
Mais qui s'est soucié des musulmans de Bosnie ? L'histoire était bien trop complexe, compromettante, pour être télégénique.

16.3.03

arrière-scène.

Il y a comme ça un air de fête, tout simplement, un air de musique dans la tête, et le vent sur le vélo...

Je veux dire : cette scène, magnifique, jouée et rejouée, j'en redemande, cette scène où j'arrive, sur mon vélo tout ensoleillée, avec ma clarinette sur le dos, à l'entrée des artistes et que tout le monde arrive, que tout le monde est là, chacun avec son instrument et sa bonne volonté.
Sourires, bonjours, taquineries, gentillesses, tout est là. Tous ensemble sur la scène, et puis tous ensemble dans l'arène, il faut que ce soit beau, il faut que les gens applaudissent de bon coeur. Jour après jour la musique est arrivée par notre travail, aujourd'hui nous la donnons. J'en redemande.

On y voit par exemple des trombonistes qui répètent surréalistement dans un couloir étroit, des allers et des venues, des loges d'un autre âge, de drôles de rituels où chacun doit faire sa note, et des rideaux, et des projecteurs, la scène bruyante de chaises à installer, de pupitres et de pochettes pour faire joli, et puis enfin la salle, noire, attentive, impatiente.

14.3.03

Ah c'que j'ai du mal aujourd'hui de continuer à travailler pour la fac.
C'est la fin. Après ce travail (par définition inutile : de toute façon j'aurai ce DEA, et si je ne l'ai pas ça ne changera rien), il ne me restera rien : encore du travail, beaucoup moins de temps.
Et puis encore du travail, des entretiens d'embauche, pour une embauche que je ne souhaite pas, puisqu'elle va me donner du travail.

Il faut que je dise adieu à ma tranquilité. On me disait tout à l'heure au téléphone "tu as du temps" rien que parce que j'avais une semaine pas trop chargée là fin avril.
Ah.
Mais non je n'ai plus de temps, c'est fini, il faut que je m'en retourne prendre ma place dans le traffic... Peut-être que je me sentirai plus vivante, peut-être que ce sera bien. Peut-être je ne peux pas laisser couler tout ce temps comme ça sans stress indéfiniment.

Je reviens dans la normalité, dans les semaines qui durent 5 jours et les week-end seulement 2, dans les magasins et les administrations jamais ouvertes quand il faut, dans les soirées tronquées par les transports, dans les week-end bouffés par la fatigue...
Comment faites-vous, vous les gens, pour supporter ça ?

Ce que la vie est bouffée lorsqu'on doit aller travailler ! ça continue à me poser des problèmes.
J'ai rencontré Dieu dans la rue aujourd'hui.
Comme ça, entre le cinéma et le monoprix.
- c'est bien par là qu'est... euh ... le cinéma ?
- oui oui c'est là.
- vous vous êtes dessiné sur le nez ?
- non c'est un grain de beauté.
- ah bon ! et vous acceptez ça ?
- ben oui, j'ai pas le choix.
- mais vous l'aimez ce grain de beauté ?
- ben.. A force oui.

Attention c'est là que ça dérape. Jusque là c'est juste un mec qui a envie de parler et qui est à la limite drole avec sa manière d'aborder grosse comme une maison et son "vous acceptez ça" alors qu'il devrait savoir que je n'ai pas le choix. Là il me parle de "sékété" qui est une manière d'"aller dans un pays étranger pour apprendre la médecine tant en restant ici". Il a une manière de dire les choses plusieurs fois comme si de rien n'était. ça ne facilite pas le résumé du discours.
- d'où il vient ce grain de beauté, qui vous l'a imposé ?
- mais... Il vient de moi-même, je pense. (il n'y croit pas)
- vous savez qu'on peut s'imposer sur quelqu'un, si moi je m'impose à vous avec ce grain de beauté après je peux tout sur vous. [...] Tout ce que vous avez sur vous, vous pouvez l'enlever si ça ne vous plait pas...
Oumf, ça commence à sentir le roussi. "si vous l'aimez", ce grain de beauté, "de gré ou de force, c'est que vous ne l'aimez pas vraiment.
Vous savez ce que ça veut dire, de gré ou de force ? Ca veut dire demain je séquestre tes parents pour te faire accepter ça, demain je leur enlève à manger... aujourd'hui, de force, demain, de brutalité, et après-demain, de violence !" lorsque qu'il prononce violence son sourcil droit se fronce ça lui donne vraiment un air menaçant. "et après-demain ? Et après-demain ? Et après-demain ?" Là il veut dire et après-après demain, etc. mais il préfère se répéter, c'est un de ses moyens de conviction.

Dérapage numéro deux, celui-là arrive sans crier gare : "c'est moi le créateur. Tu sais ce que ça veut dire ?" Je n'ose pas comprendre. (au départ je pensais que c'était lui le créateur du sékété, cette espèce de médecine) C'est lui Dieu, il veut dire, c'est lui qui a fait les hommes et qui a fait la terre. Embrouillamini pas possible, ou alors je n'écoute plus, mais en substance, disons qu'il n'a pas tout mis sur la terre, ce n'est pas lui qui a mis la violence et la force, lui il a mis le respect, entre autres. Et il peut tout enlever, lui, en moi, de ce qui me plait pas. Enfin, moi, en fait, je peux. ah ah.

Tout ça commence un peu à me déranger. En plein le trottoir, 11h du matin, un mec qui me crie au visage "c'est moi Dieu", c'est un peu fort. J'ai un peu peur que ça dégénère complètement. Pourtant il m'intéresse, évidemment, après avoir même réussi à m'inquiéter un peu, sur le coup "je séquestre tes parents".
- C'est écrit dans la Bible. Tu as entendu parler de la Bible ?
- ben oui, je l'ai lue même.
- et qu'est-ce qui est écrit dans la Bible : ils verront...
- euh, doit y avoir beaucoup de choses dans la Bible qui commence par "ils verront".
- ils verront Dieu (coup de sourcil droit, augmentation du volume sonore) ça c'est écrit dans la Bible. Et c'est moi Dieu. Et Dieu est quoi ? Qu'est-ce qui est écrit dans la Bible ?
- Dieu est beaucoup de choses, dis-je en souriant aux passants qui s'inquiètent.
- Dieu est amour. Et c'est quoi l'amour ?
- ah ça j'en sais rien" (mais bon en fait on s'en fout il ne posait pas vraiment la question)
- Dieu est bonté. Dieu est parfait. Et c'est quoi un homme parfait ?
- un homme ? Mais Dieu n'est pas un homme !
- Ah, mais Dieu a fait l'homme comment ?
- à son image.
- voilà, et maintenant si on retourne la situation ? C'est moi Dieu.
(sourcil droit, volume sonore, avec 3 doigts levés pour l'amour, la bonté, la perfection)

A un moment j'ai l'impression que ça va mal finir, de l'extérieur on doit avoir l'impression qu'il veut me manger. C'est un grand mec noir coiffé à la Jackson Five avec un visage super large, contracté (et un sourcil droit très agile). Je tiens bon, je souris. "enchantée d'avoir rencontré Dieu en tout cas" mais il n'entend pas, et reprend le thème précédent : "tout le monde peut enlever de soi ce qui ne lui plait pas, on doit faire la guerre à ce qui est en soi et qui ne vient pas de soi" (sourcil, volume à fond) Deux trois phrases du genre, et puis soudain sans crier gare un dernier "c'est moi Dieu" gueulé dans cette rue tranquille et il s'en va.

Whaou.

Le temps de reprendre mon souffle, mes esprits, je continue mon chemin.
- qu'est-ce qu'il vous voulait ? me demande une brave dame inquiète
- oh, rien rien.
Je n'arrive pas à expliquer.
- vous avez votre sac ouvert.
- oui je sais.
Ah ! juste retour à la routine : les gens qui m'abordent pour me dire que mon sac est ouvert, ça je connais. Ca met un terme rassurant à cet épisode.

5.3.03

5 mars. Début de mois. Comme tous les débuts de mois depuis août je fais ma déclaration.

Qu'ai-je donc à déclarer ? Eh bien, je déclare : ne pas avoir travailler, ne pas avoir été malade ou en congé maternité, ne pas percevoir pour la permière fois de pension de retraite ni de pension d'invalidité de troisième ou quatrième catégorie, et être toujours à la recherche d'un emploi

Que neni, mais enfin, c'est ce que je déclare.

Et grâce à cette gracieuse déclaration, *bam*, 1400 euros par mois. Enfin non, voyons, février c'est plus court. Comme dirait Castagnède (aux innocents les mains pleines) "Le mois de février il est plus court parce qu'il y a moins de jours". Donc moins d'assedics.

Enfin n'empêche. Moi qui ai eu la chance de travailler un an, avec un salaire conséquent, j'ai droit à 15 mois de chômage. Oui, peut-être, j'ai fait tout ça pour faire une formation, que j'aurais faite aussi sans les sous. (mais d'une manière beaucoup moins détendue, c'est à dire moins indépendante)
La France ne marcherait-elle pas sur la tête, à me donner ainsi des sous que je ne mérite pas ? Et moi ? Qu'est-ce qui justifie tout ce temps libre ?
En fait, c'est bientôt fini, et moi qui me disait que ce serait la mort dans l'âme que je me rendrais, vaincue, à cette société qui oblige toute personne normalement constituée à travailler, et bien finalement, finalement... J'ai aussi cette sorte d'envie de faire quelque chose d'utile, de travailler pour quelque chose qui ne soit pas moi. Travailler pour quelque chose qui ne soit pas "la beauté du monde". Travailler pour quelque chose qui rapporte de l'argent. Qui justifie vraiment le pain que je mange. (enfin, le pain, les pommes, le jus de poire et le nutella, pour être plus exacte)

Quand j'y réfléchis cinq minutes, ça m'est pas arrivé souvent, de justifier mon salaire. C'est peut-être ça qui me manquait le plus, finalement. Aïe. Ce qui montre que moi-aussi, comme tout le monde, je dois travailler, en fait, pour remplir ma vie ? Moi, comme tout le monde... ?

4.3.03

Fraichement.

Ma prof de chant. Revient de vacances. Vacances au Maroc. Son petit couplet, là, tout à l'heure, entre deux demi-heure de "cours" (je préfère pas m'attarder sur ça maintenant), valait son pesant de cacahuètes.
Elle et son maaari, donc, aiment bien bourlinguer (c'est son mot), aller voir, etc. Mais bon, franchement. D'abord y'avait pas de coffre-fort dans le premier hôtel où ils sont allés, et pis la télécommande pour la télé marchait pas, ensuite gnia gnia gnia ils ont pas été reçu chez l'habitant, et on leur a vendu comme "fête berbère" un truc à touriste (la même chose recommence toutes les demi-heure, à chaque arrivée de bus à touriste). Ah et puis manger le gâteau de semoule avec les doigts !!!

Mais laissez-moi rire. Elle qui n'a pas supporté les hôtels tunisiens parce qu'ils "n'y connaissent pas l'eau de javel"... Comment on peut inviter des gens comme ça dans les vrais villages ? Il faudrait les y mener en bus, qui plus est. Elle assume même pas sa façon de faire du tourisme. Elle refuse aussi d'ouvrir les yeux là-dessus, et sur le pays où elle va profiter du soleil et des indigènes.

Enfin.
Cette prof ne manque jamais de me donner envie de vomir. Mouarf, même pas, je pense avoir perdu ma capacité de m'insurger contre ce genre de choses. Les gens font ce qu'ils veulent finalement. Et aller dépenser ces sous dans ce genre de pays c'est finalement pas la plus bête des idées qu'ils pourraient avoir.
Mais elle a une de ses visions du Maghreb !
"quand même, ils sont pauvres là-bas" et sans transition "mais c'est génial, y'a le soleil, la couleur locale..."
Comme si la couleur locale allaient soulager la misère.
(enfin, pourquoi pas : "il me semble que la misère, serait moins pénible au soleil")
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Je crois que la solution pour ce blog est peut-être en effet d'en faire une sorte de chronique de la société. Il faut que je laisse l'auto-psychanalyse pour le blog avec Aline et la littérature/poésie pour celui avec Penguin...
Tentons.

Même au risque de pondre un message par an.